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Le discours du maître et l'École
por JESÚS SANTIAGO
 
 

L'introduction de Jésus Santiago à la Grande Conversation de l'École Une sur le thème « Le discours du maître et l'École », le 6 avril 2018 à Barcelone, intervention complète à écouter/lire ici

La question du discours du Maître se présente encore une fois pour nous, compte tenu de la nouvelle problématisation de la Garantie proposée récemment par Jacques-Alain Miller. Dès lors, le Discours du Maître se trouve à l'horizon qui oriente la désignation du titre d'AME par les Commisssions de la Garantie des Ecoles de l'AMP[1]. Et pourquoi le Discours du Maître ? Bien que sa structure soit variable – le maître moderne n'est plus le maître ancien – il nous permet de comprendre ce qu'est la dimension politique de l'Autre de la civilisation. Lacan souligne, au début des années soixante-dix, « qu'à notre époque, il [le discours du maître] arrive à pouvoir être dégagé dans une sorte de pureté – et ce, par quelque chose que nous éprouvons directement, et au niveau de la politique»[2]. Cette pureté ne s'obtient qu'avec la science, car à ce niveau la figure du maître se montre tellement en question qu'il ne lui reste que le signifiant-maître.

En effet, ce qui lui reste doit obéir au signifiant-maître comme il peut. Par le discours du maître, la fonction symbolique se voit donc réduite, « à celle du signifiant-maître qui capture le sujet, et l'attelle à un travail dont la jouissance lui est dérobée »[3] – un plus-de-jouir. La structure du discours du maître est équivalente à celle de l'inconscient qui se définit par la politique, car le sujet de l'inconscient est voué à « recevoir de l'Autre les signifiants qui le gouvernent, le représentent et le dénaturent, éteignant en lui la jouissance animale que l'on doit supposer », promouvant donc les variétés de plus-de-jouir particuliers qui peuplent la planète[4].

Dans l'individualisme de masse contemporain confronté à de nouvelles faces du maître, les sujets dispersés sont susceptibles de tomber dans une identification collective dans la mesure où un objet, pour pas grand chose, est mis en position de dénominateur commun et idéal. C'est le discours du maître qui élucide les raisons pour lesquelles la subjectivité d'une époque opère par identification, manipulant les signifiants-maîtres et le plus-de-jouir, en vue de capturer des trajectoires singulières du sujet. « Les pattes sociales »[5] de l'École visent à s'opposer à cette capture propre au discours du maître.

Dans quelle mesure la pratique analytique de l'AME qui va à l'encontre des identifications, les démontant une à une et, dans ces circunstances , créant la vacuité du sujet, de laquelle s'extrait le fantasme inconscient qui ordonne ses choix et son destin, peut représenter une inspiration pour le travail des Ecoles avec le Discours du Maître. La façon dont on traite les identifications, les idéaux et les signifiants-maîtres se déduit de l'expérience-même de la psychanalyse et fait en sorte qu'elle soit une initiative subversive qui est d'ailleurs exercée avec beaucoup de précaution. Mieux que personne, le psychanalyste sait qu'en cherchant à ébranler les semblants, en révélant la condition de semblant du lien social, les signifiants de la tradition se déstabilisent de telle manière que qu'ils peuvent faire retour sous la forme de l'obscurantisme et de la tyrannie.

Je signale à ce propos la tendance civilisatrice qualifiée de communautariste, car elle reflète la crise de légitimité de l'Autre provoquée par la prolifération d'un individualisme démocratique de masse qui, à son tour, se répercute sur la totalité sociale au moyen de sa fragmentation. Ainsi le monde sans opérateurs est aussi un monde fracturé par les différentes communautés et les multiples identités[6]. La « bonne routine »[7], issue des identifications produites par un groupe communautaire, se fait alors nécessaire, étant donné qu'elle apparaît comme seule permettant au vide de s'obturer par un sens quelconque qui oriente la vie.

La défense intransigeante de la démocratie reste la réponse – même quand il s'agit de ce qui peut être diagnostiqué comme l'une de ses menaces ou maladies internes ; à savoir, non seulement la tyrannie de la majorité, mais aussi de ses diverses minorités. La tenue d'un Forum contre le racisme au Brésil, par notre réseau Zadig Doces&Barbaros, a rencontré cette difficulté. La position du psychanalyste est anti-identitaire et, par conséquent, ne militant pas pour une cause idéale, elle tend à décevoir les militants de ces mouvements communautaires. La psychanalyse n'est pas adaptative puisqu'elle destitue le sujet au point de son idéal de contrôle imaginaire, par la voie d'une identité, et elle ambitionne de le retirer de sa prison narcissique qui, dans la plupart des cas, s'exprime par une position de victime. C'est ce qui, en fin de compte, crée les possibilités pour que ce sujet affronte les éventualités de la vie.

Les chances pour que les Ecoles produisent des discours publics qui interagissent avec l'opinion éclairée, suppose que l'on mette en pratique une clinique du malaise dans la civilisation qui, comme le propose Gil Caroz, « convoque l'acte analytique avec l'intention de produire un éveil concernant la menace des conditions de la parole libre sans laquelle la psychanalyse est mise en danger »[8]. Comme nous le voyons, la question de la démocratie est cruciale, cependant, il faut considérer que l'une de ses dégradations concerne le mode dont le leurre de la quantification statistique, travestie de science, s'y mélange dans le dessein d'emprisonner l'intimité et les corps, en rabaissant la parole à un rituel où celle-ci perd toute connexion avec le réel. Quand le psychanalyste vise à dénuder le réel de la vie civilisée, il ne méprise pas le fait que la démocratie a besoin du cadre régulateur des lois. Toutefois, sa vigueur exige une Conversation permanente sur les grandes directions nécessaires à la vie civilisée. Enfin, la démocratie se présente à la place d'une cause qui place chaque citoyen qui y participe comme un sujet du désir et aussi du « désir de démocratie »[9]qui,certainement, se situe toujours hors de la norme.

 

 
N O T A S
1- Miller, J.-A. Question d' Ecole: Propos sur la Garantie. Quarto, nº 117.
2- Lacan, J. Le Séminaire, Livre XVII, Paris, Seuil, 1991, p. 99.
3- Miller, J.-A. Lacan et la politique, in : Cité. Philophie, Politique et Histoire, PUF, Paris, 2003, nº 16, p. 113.
4- Miller, J.-A. Idem, p. 113-114.
5- Miller, J.-A. « Propos sur la Garantie », Quarto, nº 117, p.35.
6- Voir, à propos du "communitarisme", Taylor Ch, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Flammarion, Paris 1994, 2009.
7- Lacan, J. Le Séminaire, Livre XX, Encore, Seuil, 1975, p. 42.
8- Caroz, Gil, Lettre au Conseil de l'AMP, le 11 février 2018.
9- Alberti, Christiane, Éditorial: Nos moyens propres, in Lacan Quotidien, 2 décembre 2017, nº 751.
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